Lettre ouverte – Immigration économique au Québec : entre vision politique et réalité du terrain

Vendredi dernier, le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Jean-François Roberge, présentait les résultats de la première ronde du nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) : 66 % des invités résident hors de Montréal, 64 % détiennent un diplôme québécois. La régionalisation, nous dit-on, avance.

Nous aurions aimé partager cet optimisme. Mais après plus d’un an d’interventions publiques, de données présentées en commission parlementaire et de dialogues avec les décideurs, force est de constater un décalage persistant entre les annonces et les réalités économiques de nos régions.

Un marché du travail sous tension structurelle

Les chiffres ne mentent pas. Dans la grande région de Québec, le taux de chômage se maintient à 3,4 % dans la RMR de Québec et à 3,7 % dans la Capitale-Nationale, ce qui est bien en deçà du seuil théorique du plein emploi et nettement inférieur aux moyennes québécoise (5,4 %) et canadienne (6,8 %). En Chaudière-Appalaches, il atteint 2,8 %.

Près de 17 000 postes demeurent vacants dans la grande région Québec-Lévis. Les salaires horaires ont bondi de 7,1 % en Chaudière-Appalaches et de 3,1 % dans la Capitale-Nationale en un an, non pas par choix stratégique, mais parce que les entreprises se livrent une compétition féroce pour une main-d’oeuvre qui fait défaut. Sur 512 professions analysées dans la région, 188 sont en situation officielle de pénurie.

Ces données ne sont pas nouvelles. Elles étaient disponibles bien avant les consultations de l’automne dernier. Elles ont été documentées, sourcées, présentées. Elles commandaient une action économique cohérente. Elles ont été ignorées.

Des décisions qui défient la logique économique

L’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), le maintien des seuils d’immigration permanente à 45 000 personnes par année, le refus catégorique d’une clause de droits acquis pour les travailleurs et étudiants étrangers déjà intégrés — ces décisions ne découlent manifestement pas d’une analyse économique rigoureuse. Elles semblent relever d’un autre ordre de priorités.

Des milliers de personnes francophones, formées dans nos institutions, intégrées socialement, qui travaillent et paient des impôts ici, représentent exactement le type d’immigration dont le Québec a besoin. Au lieu de reconnaître leur contribution, on les place devant l’incertitude. Au lieu de capitaliser sur des années d’investissement collectif dans leur intégration, on les renvoie vers un processus bureaucratique sans garantie.

Ce n’est pas cohérent économiquement. Ce n’est pas responsable stratégiquement et ce n’est tout simplement pas humain.

La régionalisation ne suffit pas si le gâteau est trop petit

Le ministre peut vanter la régionalisation du nouveau programme. Mais nos entreprises ne demandent pas une plus grosse part d’un gâteau inadéquat. Elles demandent de pouvoir répondre à leurs besoins réels.

Chaque semaine, des employeurs de nos régions refusent des contrats, reportent des projets d’expansion ou envisagent de déplacer certaines activités. Ce n’est pas de l’alarmisme, c’est le terrain que nous documentons depuis plus d’un an. C’est la réalité de nos membres, qui représentent des milliers d’emplois et de familles.

Une voix économique régionale unie

C’est précisément pour porter cette voix avec plus de poids que les Chambres de commerce et d’industrie de Québec et de Lévis ont formé l’Alliance économique Lévis-Québec. Ensemble, nous représentons plus de 6 200 entreprises et constituons la force économique structurante de l’est du Québec.

Cette alliance n’est pas symbolique. Elle est stratégique. Elle vise à faire en sorte que les décisions qui affectent notre économie régionale soient fondées sur des données, des réalités mesurables et une vision de long terme, pas uniquement sur des considérations de court terme.

Nos demandes sont claires et raisonnables :

  1. Réviser les seuils d’immigration permanente pour refléter les besoins documentés du marché du travail, particulièrement dans les régions en situation de pénurie structurelle.
  2. Instaurer une clause de droits acquis pour les travailleurs et étudiants étrangers déjà intégrés économiquement et socialement, qui contribuent déjà à notre prospérité collective.
  3. Développer un mécanisme de consultation régionale permettant aux acteurs économiques de contribuer concrètement à l’élaboration des critères de sélection.
  4. Mesurer l’impact économique des politiques d’immigration sur la productivité, l’investissement et la croissance régionale, en collaboration étroite avec le milieu économique et les entreprises, afin d’ajuster les politiques en fonction des besoins réels du marché du travail et des priorités de développement régional.

 

Une main tendue, une urgence partagée

Nous invitons le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration à poursuivre un dialogue fondé sur les faits avec les acteurs économiques régionaux. La prospérité de la grande région de Québec et de Lévis, et sa contribution au développement du Québec tout entier, en dépend.

Les entreprises que nous représentons créent de la richesse collective, offrent des emplois de qualité, paient des impôts, investissent dans l’innovation. Elles se lèvent chaque matin pour contribuer à la prospérité du Québec. Elles méritent une politique d’immigration qui les soutient, pas qui les freine.

La question est donc simple : voulons-nous continuer à créer de la richesse ou laisser nos régions économiques stratégiques naviguer avec un handicap structurel que nous nous imposons nous-mêmes ?

Nous croyons que le Québec mérite mieux. Nos entreprises méritent mieux. Et nous sommes prêts à travailler avec le gouvernement pour y arriver.

 

Au nom de l’Alliance économique Lévis-Québec, qui représente la communauté d’affaires de la grande région de Québec-Lévis.

 

Frédérik Boisvert

Président et chef de la direction

Chambre de commerce et d’industrie de Québec

 

Marie-Josée Morency

Présidente-directrice générale

Chambre de commerce et d’industrie du Grand Lévis

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